Du bon (ou du mauvais) choix des statistiques à la lumière de la pandémie

L’exposé de Hervé Seitz, directeur de recherche au CNRS à l’Institut de génétique humaine (Montpellier).
La séance de questions réponses :

Le débat

(Précision : les réponses sont celles d’Hervé Seitz)

* Commentaire : En complément de la démonstration d’Hervé Seitz, on pourrait citer une foule d’informations qui complètent, voire noircissent encore le tableau qui a été fait (et qui n’est pas nouveau) des mensonges et autres manipulations de données, imputables à Didier Raoult et autres Christian Perronne, sans oublier Montagnier et son Nobel en partie usurpé (compte tenu du rôle de Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Senoussi, non mentionné dans les attendus du Nobel, comme le rappelle une participante dans le chat). Un exemple : l’affirmation réitérée, dans la bouche de Didier Raoult, selon laquelle les propos énoncés par un expert reconnus autorisent à faire l’économie de toute validation scientifique (!)

Concernant Perronne, il est rappelé dans le chat qu’il a embarqué dans un pré-print Benjamin Davido, lequel a aussitôt après pris ses distances et dénonce systématiquement les propos délirants de Perronne.

* Réponse : les propos de Raoult sont la négation même de la démarche scientifique.

* Question : que peut-on dire du rôle que jouent les méta-analyses dans les polémiques, notamment sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine ?

* Réponse : effectivement c’est un sujet qui revient souvent dans les échanges qu’on peut avoir, notamment avec ceux qui me font reproche d’avoir pris la parole comme je l’ai fait depuis un an. Vérification faite, nombreuses sont les soi-disant-méta-analyses qui usurpent ce terme (alors qu’il correspond à une définition assez précise) pour ne retenir que les résultats allant dans le sens souhaité, souvent à partir de variables divergentes, et de scores d’efficacité disparates. Il en ressort un brouillage général qu’on peut désigner du terme de bruit statistique.

* Remarque : dans le monde universitaire notamment, l’existence de chapelles qui structurent les jurys de thèse, l’absence d’interdisciplinarité et en tout cas l’absence de contrôle par des statisticiens confirmés, peuvent poser problème.

* Question : quand on voit le point où en sont arrivés, dans leur carrière, des personnalités comme Perronne ou Raoult, on se demande ce qui peut bien les pousser à prendre le risque d’être déconsidérés par la communauté scientifique. D’autre part, quel est l‘impact de la recherche de financements, qui présuppose une certaine notoriété, dans des démarches de ce type, qui restent surprenantes ? Il y a là une source d’inquiétude qu’on pourrait dire « systémique », car elle impacte l’ensemble de la communauté universitaire et scientifique.

* Réponse : d’abord, paradoxalement, ce risque que prend Raoult par rapport à sa réputation de scientifique lui redonne du crédit aux yeux de certains : en effet, « même si on démontre qu’il a tort, comment peut-on imaginer qu’il prenne un tel risque en mentant ou en déformant des résultats ? » C’est étrange mais c’est ainsi.

Quant à l’aspect financier, il n’est certes pas sans effet. On a même parfois l’impression que la réussite d’un labo se mesure plus à la quantité de fonds qu’il draine qu’à sa réussite scientifique. D’ailleurs, l’utilisation du SIGAPS (pour Système d’Interrogation, de Gestion et d’Analyse des Publications Scientifiques : cf https://www.sigaps.fr/) peut conduire dans cette direction. Concernant l’IHU et Didier Raoult, avant la pandémie, il « cochait toutes les cases » : réussite institutionnelle, financière, scientifique au moins en apparence (par le nombre de publications, dont on sait aujourd’hui qu’il était en partie frauduleux).

Sur l’aspect financier, l’enquête de Libération parue le 12 mars (cf ci-après), reprise par d’autres médias, complète le tableau quant à la manière dont l’IHU a facturé indûment de nombreuses « hospitalisations de jour » qui duraient, pour certaines, quelques minutes : cet abus (d’autant plus grave que l’IHU, comme le fait remarquer un participant, a perdu entre temps l’agrément du CNRS et de l’INSERM) a permis à Didier Raoult de se prévaloir à l’époque de cohortes importantes, alors qu’il s’agissait de gens qui venaient se faire tester et pour certains se soigner, en étant prêts à payer pour cela sur la seule foi du battage médiatique de Didier Raoult.

Au passage, on peut déplorer que la ministre actuelle de la Recherche, qui est biologiste moléculaire de formation, ne soit jamais intervenue dans les polémiques des mois écoulés, et apparaisse aujourd’hui, peut-être malencontreusement, sur un tout autre sujet (celui de l’islamo-gauchisme).

Remarques de deux participants dans le chat qui se déroule en simultané :

  1. tous ces problèmes statistiques sont les mêmes dans les expériences en psycho. Frank Ramus est celui qui les piste avec opiniâtreté (cf ses articles dans Science et Pseudo-Sciences, la revue de l’AFIS)
  2. Sur l’étude des bénéfices du mensonge, faire une recherche avec mot clé : fouloscopie (cf notamment https://fr.wiktionary.org/wiki/fouloscopie)

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